02 mai 2008

2008.05.02 - Bilan de la projection sur la sexualité

Cette soirée a été une réussite. Environ cinquante personnes se sont réunies pour écouter les interventions de deux membres de la Toison Rouge sur la médicalisation de la contraception et sur l’éducation sexuelle en France et pour visionner le documentaire « Le clitoris, ce cher inconnu » qui fut diffusé pour la 1ère fois sur Arte en 2003. Le débat s’est prolongé jusqu’à 2h30 du matin et les sujets abordés portèrent sur l’avortement, la prise d’initiative du rapport sexuel, le Viagra, l’excision culturelle du clitoris… Au cours de la soirée, la moitié des personnes présentes dans la salle, femmes comme hommes, ont pris part au débat, qui a duré environ trois heures. Enfin, l’immense majorité des personnes présentes ont déclaré avoir appris de nouvelles informations au sujet de la sexualité et avoir passé une bonne soirée.

Introduction au débat :

Bonsoir à toutes et à tous,
Merci d’être venu-e-s assister à cette soirée/débat sur le thème de la sexualité organisée par la Toison Rouge. Tout d’abord, rappelons que cette soirée survient dans un contexte sociétal particulier.
Ainsi, en France, des années 1970 aux années 1990, la proportion de femmes se déclarant très satisfaites de leur vie sexuelle progresse fortement (de 26 à 51 %), alors que celle des hommes n’augmente que très légèrement (de 41 à 47 %). Cette évolution est à rattacher à une attitude plus active des femmes dans les rapports amoureux, attitude qui les rend moins dépendantes de la bonne volonté masculine. Des améliorations, dans le vie sexuelle de bon nombre de français/Es, sont donc notables.

Toutefois, à l’époque contemporaine, les violences sexuelles continuent à toucher une fraction significative des femmes. Certaines peuvent être victimes de rapports contraints de la part d’amis ou de conjoints et de harcèlement sexuel au travail. En 2005, l’enquête de l’ENVEFF estimait ainsi à 50000, le nombre de femmes victimes d’un viol au cours de l’année, principalement de la part d’un partenaire, et quelque soit leur milieu social d’appartenance. De même, aux États-Unis, en 2000, c’est 25 % des hommes interrogés qui reconnaissaient avoir usé de la force pour obtenir ce qu’ils voulaient dans le domaine sexuel. Aujourd’hui encore, parmi les femmes en couple, celles qui sont dans une situation sociale supérieure à leur conjoint, par exemple parce qu’il est au chômage, subissent proportionnellement plus de rapports sexuels contraints. Au travail, celles qui n’ont pas de mari (célibataires ou divorcées) sont plus harcelées que les autres. La violence sexuelle n’est pas l’effet de  pulsions masculines irrépressibles, mais sans doute une manière extrême de « remettre les femmes à leur place ».

En outre, une autre forme de discrimination s’exerce par l’âge. Les conditions de poursuite d’une vie sexuelle aux âges avancés diffèrent selon le sexe. Les femmes dont le mari décède continuent bien moins une vie sexuelle, à l’âge égal, que celles qui se séparent. En revanche, qu’ils veufs ou divorcés, les hommes restent bien plus actifs sexuellement que les femmes. Cette différence s’explique d’une part, en termes démographiques : les hommes vivant moins longtemps, il y a moins de partenaires masculins disponibles. D’autre part, les hommes choisissant des partenaires plus jeunes, cela accroît la tendance à une « mise à la retraite » sexuelle anticipée des femmes.

Autre vecteur d’inégalités sociales, la médicalisation de la contraception. En effet, loin de pulvériser le socle de la domination masculine, la médicalisation de la contraception contribue à réassigner les femmes à la fonction reproductive. La hiérarchie psychologique des rôles masculins et féminins ayant peu bougé, la représentation de la féminité achevée passe toujours par la maternité et c’est encore aux femmes qu’il incombe de veiller aux conséquences de l’activité sexuelle. Ainsi, les moments de renouvellement des rôles dans la sexualité n’émergent que plus tardivement dans la biographie des femmes, lorsqu’elles ont, en quelque sorte, « payé leur dû » en matière de reproduction.

Par ailleurs, à la fin des années 1990, l’introduction des molécules chargées de stimuler l’activité sexuelle (Viagra, Cialis…), est une manière de re-placer l’érection masculine au centre des rapports : isolée du déroulement de l’acte sexuel et de ses conséquences, l’érection masculine est envisagée comme une question mécanique, pensée sans relation, à la, aux partenaires. Pour exemple, la disponibilité du Viagra tend à élargir les perspectives et les recours médicaux chez les hommes vieillissants. Or, ce type de traitement individuel n’implique par forcément la prise en compte des dysfonctions féminines (douleurs, sécheresse vaginale, absence d’orgasme), qui peuvent rendre les rapports sexuels très peu attrayants à cet âge-là. Imaginé comme aphrodisiaque plus que comme traitement, le Viagra et ses concurrents réveillent le rêve d’un désir illimité et programmable, et entretiennent la vision traditionnelle de la centralité du désir physique masculin.

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore non citées, la diffusion du documentaire « Le clitoris, ce cher inconnu » et l’analyse qu’Élise nous fera ensuite, de l’éducation sexuelle, nous apparaît non seulement indispensable, mais urgente, dans le contexte social actuel.
(Pour en savoir plus, référez-vous à l’article de La Vulve, n° 2, "Oublis et désinformation à la Cité des Sciences : chronique des tabous de l’éducation sexuelle", de la rubrique revues et articles sur le féminisme.)

Posté par latoisonrouge à 14:24 - - Permalien [#]
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