06 mai 2009

2009 05 06 Bilan de la projection débat Harvey Milk

Le jeudi 6 mai 2009, la Toison Rouge organisait une soirée débat autour du film Harvey Milk de Gus van Sant, dans les locaux occupés de l'université de Caen.

La projection a attiré une soixantaine de personnes, dont beaucoup d'étudiant-e-s, et une cinquantaine est restée pour le débat qui a suivi, autour du militantisme homosexuel et de la situation des droits civiques pour les lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels et transgenres.
Le film a été apprécié par les spectateurs, néanmoins critiques quant à la forme très étasunienne de ce type de cinéma. La vie de Harvey Milk étant méconnue, beaucoup ont appris et apprécié le combat de cet activiste pour la liberté d'être soi-même, la justice et l'égalité des droits, dans les années 1970.

Le débat a été introduit par É. de la Toison Rouge, et voici un compte-rendu des thématiques abordées.

A PROPOS DU FILM

Gus van Sant est un réalisateur étasunien qui s'est illustré notamment par ses films Good Will Hunting (en 1997, avec Matt Damon et Robin Williams), Elephant (en 2003, autour de la fusillade du lycée de Colombine), et Paranoïd Park (en 2007, thriller dans le milieu du skate). Cela faisait 15 ans que Gus van Sant travaillait à des projets cinématographiques sur la vie de Harvey Milk, et son film Milk est donc l'aboutissement de cet engagement.

Sean Penn est un acteur étasunien qui avait incarné précédemment des rôles plus traditionnellement virils, comme dans 21 grammes de Paul Rivers (2003) ou encore Mystic River de Clint Eastwood (2003). Il est également le réalisateur de Into the wild, magnifique film sur un jeune homme en quète d'une alternative au mode de vie imposé par la société. Dans Milk, il joue le personnage principal Harvey Milk, premier homme politique ouvertement gay qui fut assassiné à San Francisco en 1978, un rôle pour lequel il a obtenu l'Oscar du meilleur acteur 2009. A noter que Sean Penn a souvent fait entendre sa voix contre l'administration Bush et a soutenu la candidature de Barack Obama à la Maison Blanche en novembre 2008.

Lors de la cérémonie des Oscars, en février 2009, Sean Penn a déclaré : "Je pense qu'il est grand temps pour ceux qui ont voté contre le mariage gay (en Californie, ndlr) de se mettre à réfléchir et à anticiper l'immense honte, la honte qu'ils verront dans les yeux de leurs petits-enfants s'ils continuent sur cette voie. Nous devons avoir les mêmes droits civiques pour tous".

Le film Milk a été classé "R" aux États-Unis, "R" comme Restricted, ce qui signifie que les jeunes de moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte. Ce classement a été justifié par le langage, les scènes de sexe et la violence, trois points qui paraissent démesurés en France, compte tenu du classicisme des images de Gus van Sant, qui sont plus subversives par le fond que par la forme.
Le scénario original, lui aussi oscarisé, a été écrit par l'étasunien Dustin Lance Black. Dans son discours de remerciements à la remise de l'Oscar, il a rappelé qu'il avait découvert l'histoire d'Harvey Milk à 13 ans, après l'emménagement de ses parents en Californie: "L'histoire d'Harvey Milk m'a donné l'espoir qu'un jour, je pourrai vivre ma vie en étant ouvertement moi-même et peut-être un jour, je pourrais même tomber amoureux et me marier".

LES DROITS CIVIQUES AUX ÉTATS-UNIS

Depuis le combat de Harvey Milk, la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi et transgenre) étasunienne a obtenu un certain nombre de protections civiques équivalentes aux hétérosexuels. Si l'homophobie est loin d'être réglée, le combat se cristallise désormais sur les questions du mariage homosexuel et de l'adoption d'enfants par des couples de même sexe.

Dans un sondage d'opinion de mai 2009, 49% des Étasuniens déclarent ne plus être opposés aux unions entre personnes de même sexe (contre 46% qui y sont opposés). C'est la première fois que les partisans du mariage homosexuel dépassent ceux qui lui sont hostiles.

Un rapide état des lieux des États pour et contre le mariage gay :
- POUR : Vermont et Iowa (depuis avril 2009) ont rejoint le Connecticut et le Massachusetts.
Des démarches sont engagées en faveur d'une légalisation du mariage homosexuel dans le Maine, New Hampshire, New Jersey et dans l'État de New York. Par ailleurs, 11 États autorisent l'union civile (l'équivalent de notre PACS français, avec moins de droits qu'un contrat de mariage).
- CONTRE : tous les autres États, particulièrement ceux du sud des États-Unis.

En novembre 2008, un référundum était organisé dans l'État de Californie, en même temps que les élections présidentielles. Les électeurs devaient se prononcer pour ou contre la Proposition 8, visant à inscrire l'interdiction du mariage homosexuel dans la Constitution californienne. L'amendement constitutionnel affirmant que "seul un mariage entre un homme et une femme est valide et reconnu en Californie" a été approuvé à 52,1% (contre 47,9% en faveur du mariage homosexuel).

Ce vote constitue un revers important pour les homosexuel-le-s californiens qui avaient obtenu le droit de se marier quelques mois auparavant : 18 000 mariages avaient été célébrés avant l'interdiction. Une même interdiction a été votée en Floride, en Arizona et dans l'Arkansas, excluant les homosexuel-le-s du droit au mariage et inscrivant cette discrimination dans leur constitution. Ironie du sort : les Afro-américains s'étant déplacés en masse pour voter Barack Obama ont majoritairement voté pour cette interdiction.

LA SITUATION EN EUROPE

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L'état des lieux des droits civiques des homosexuel-le-s trahit l'absence de consensus à l'échelle européenne. Le mariage homosexuel est autorisé en Suède (y compris le mariage religieux !), en Norvège, en Belgique, aux Pays-Bas et en Espagne. Les unions civiles homosexuelles (plus ou moins équivalentes au PACS) sont notamment possibles en France, Allemagne, Grande-Bretagne, Suisse et République Tchèque. Des interdictions existent aux pays baltes et en Pologne.

LA QUESTION DE LA TOLÉRANCE

Si la tolérance est une valeur considérée comme positive, elle est à double tranchant : celui qui tolère s'octroie le droit de tolérer l'autre. Que les droits civiques, par exemple, soient "accordés" aux homosexuels par les hétérosexuels (dans leur immense générosité), est une preuve de l'inégalité de traitement.

A noter qu'en Suède, la législation sur le mariage a été "neutralisée" ("les partenaires", au lieu de "le mari et la femme") pour inclure les couples homosexuels au même titre que les couples hétérosexuels. Symboliquement, cette avancée signifie qu'aucun traitement de faveur n'a été "accordé" aux homosexuel-le-s, mais que la Suède défend les mêmes droits pour tous.

HOMOPHOBIE ET SEXISME

La hiérarchie instaurée entre les sexualités (hétéro > homo) sur le modèle de la reproduction (sexualité féconde > sexualité récréative) est la même que la hiérarchie de genre (masculin > féminin). Homophobie et sexisme sont donc intimement liés.

L'homme blanc hétérosexuel bourgeois est le modèle dominant, et c'est lui qui pense et fait les lois qui lui bénéficient. Tout ce qui dévie de ce modèle dominant, de cette norme imposée, est socialement dévalorisé voire réprimé : femmes, homosexuel-le-s, et plus largement tous les individus qui expriment leur identité en dehors des catégories traditionnelles de genre.

Cette appréhension négative de l'homosexualité vient également d'une peur, celle que l'homosexualité se diffuse au sein de la société, remettant en cause le mariage traditionnel. Plusieurs éléments de réflexion sur cette idée reçue : l'homosexualité ne s'attrape pas, et on ne peut pas convaincre un hétéro d'être homosexuel, tout comme on ne peut convaincre un homo d'être hétéro. Tout au plus, une libération sexuelle permettra à ceux qui ne se sentent pas à l'aise dans le moule de l'hétérosexualité dominante (hétéronormativité) d'en sortir et de vivre heureux comme bon leur semble. D'autre part, homosexualité ne veut pas dire stérilité, et rien n'empêche les couples homosexuels de bricoler pour avoir des enfants (ce qui se fait actuellement dans les pays où l'homosexualité est "tolérée", mais pas l'homoparentalité).

Enfin, il serait bon de repenser les catégories binaires pour entrevoir enfin l'infinie diversité et richesse des rapports humains et sexuels. Hétéro / Homo est une opposition à terme stérile qu'il faut pouvoir dépasser. Chacun pourrait par exemple, reconnaître en soi une part d'attirance pour le même sexe et une part d'attirance pour le sexe opposé, à des degrés divers, déterminant ou non un passage à l'acte.

LA QUESTION DU MARIAGE

Nous l'avons vu, le débat sur les droits civiques pour les homosexuel-le-s semble s'être cristalisée sur la question du mariage. Or il y a là une contradiction : bon nombre des militants pour le mariage des couples de même sexe sont eux-mêmes opposés à l'institution du mariage en général ! L'institution du mariage, par essence sexiste et homophobe, organise la hiérarchie entre les sexes, les sexualités et la division sexuelle des tâches. Elle est le symbole de la normalité hétérocentrée.

Pourquoi donc intégrer la norme dominante du mariage ?

Il s'agit là d'une question importante aux réponses multiples : certains souhaitent obtenir le droit de se marier pour avoir le choix de le refuser. D'autres encore espèrent bouleverser cette norme du mariage par le simple fait d'y accéder : si le mariage repose sur la hiérarchie entre les sexes, cette hiérarchie peut se trouver déconstruite dans les cas des couples de même sexe. Il s'agirait là d'un choix subversif.

DATES A RETENIR A CAEN

- Jeudi 4 juin : Manifestation contre le sexisme et l'homophobie et pour la déconstruction du genre. Départ 21h au Phénix de l'Université.
- Samedi 13 juin : Marche des fiertés Lesbienne, Gay, Bi et Trans. Départ 13h30 place Courtonne.

Posté par latoisonrouge à 23:09 - - Permalien [#]
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